Alimentation

Si, si, il y a des différences entre les programmes des listes de gauche pour les européennes

Nous avons passé au crible les programmes de cinq listes de gauche en lice pour les élections européennes. Si elles sont d’accord sur certaines choses, il y a des différences, notamment sur le nucléaire, les traités européens ou l’alimentation.

De gauche à droite, Ian Brossat (PCF), Benoît Hamon (Génération•s), Raphaël Glucksmann (Place publique-PS), Yannick Jadot (EELV), Manon Aubry (La France insoumise) photographiés début avril à Paris. © Maxppp / Vincent Isore

Auraient-ils pu s’entendre, et éviter la dispersion de la gauche pour les élections européennes ? Nous avons comparé les programmes des listes menées par Ian Brossat (PCF), Manon Aubry (la France insoumise), Yannick Jadot (Europe Écologie les Verts), Benoît Hamon (Génération.s) et Raphaël Glucksmann (Place publique-PS). Sur certains sujets, il n’y a pas de débat : meilleur accueil des réfugiés, plus de contrôle et de transparence sur les lobbys, mesures pour les jeunes européens, etc. Mais sur d’autres thèmes, les cinq listes de gauche sont loin d’être d’accord. Avec des oppositions plus ou moins marquées, selon les partis.

Sur l’écologie, des différences d’objectifs et de financement

Les élus Europe écologie-Les Verts (EELV) le font régulièrement remarquer : tous les partis parlent d’écologie dans leur programme. Les listes de gauche partagent ainsi plusieurs propositions, comme l’idée d’une taxe écologique aux frontières de l’UE, la rénovation énergétique des logements ou encore l’idée qu’il faut sortir les dépenses écologiques du calcul des déficits européens. Mais là où les listes se différencient, c’est d’abord sur les chiffres.

EELV, la France insoumise et Génération.s plaident tous les trois pour une Europe “100% énergies renouvelables” en 2050, un objectif qui s’accompagne d’un plan de sortie totale du nucléaire. Sur ce point, le Parti communiste français (PCF) et Place publique-Parti socialiste ne vont pas aussi loin : le premier veut conserver une filière nucléaire “sécurisée et renouvelée”, les seconds n’en parlent même pas dans leur programme. La première proposition mise en avant par la liste menée par Ian Brossat est un plan pour doubler la part du fret ferroviaire en Europe, une thématique également abordée par les autres listes.

Sur le financement, il y a aussi plusieurs camps. Génération.s veut un “Green new deal” de 500 milliards d’euros par an (de l’argent mobilisé par les banques centrales) pour investir tous azimuts. Place publique-Parti socialiste et EELV proposent, eux, un financement en deux temps : de l’argent pris sur le budget européen (100 milliards par an) et des prêts que proposerait une “banque européenne du climat et de la biodiversité”, une mesure également prônée par la République en Marche. Le programme communiste propose aussi de financer la transition énergétique via des prêts à 0 %, mais accordés par un fonds abondé par la Banque centrale européenne (BCE).

Parmi les propositions qui se démarquent sur la question écologique, le PCF est le seul à proposer la taxation des datacenter proportionnellement à leur contribution au réchauffement climatique. La France Insoumise est aussi la seule à vouloir interdire la publicité lumineuse.

Les écologistes et les Insoumis vont plus loin sur le bio et l’alimentation

Parallèlement à leur programme écologique, les listes de gauche sont toutes d’accord pour réformer la Politique agricole commune (PAC) afin de développer l’agriculture biologique, grâce à des aides versées aux agriculteurs, des prix planchers d’achat ou des mesures de traçabilité. Les écologistes se démarquent néanmoins en promettant une agriculture 100% bio et locale, avec un premier palier de 30% à atteindre en 2025. La liste menée par Yannick Jadot propose également d’instaurer des “journées européennes” végétariennes et bios dans les cantines et la restauration collective.

Dans la même logique, le programme de la France insoumise propose de réduire la consommation de viandes en subventionnant les cultures végétales. Pour la pêche, idem : les Insoumis veulent développer la production d’algues à destination de l’alimentation humaine.

Enfin, pour protéger la santé des consommateurs, les mesures attendues sont là : abandon du glyphosate, des perturbateurs endocriniens ou des pesticides. Pour la biodiversité, Place publique-PS se fixe un objectif que ne reprennent pas les autres,  protéger 30 % des écosystèmes marins dans le monde d’ici 2030. Ceci explique peut-être cela : la militante spécialiste des fonds marins, Claire Nouvian, est l’une des co-fondatrices de Place publique. 

Tous contre les paradis fiscaux, avec des nuances

Voilà un autre point convergeant entre ces cinq candidatures : la fiscalité. Tous ont en commun une volonté de taxer mieux et plus les grandes entreprises et les hautes fortunes européennes. Et surtout, lutter contre l’évasion fiscale et les paradis fiscaux. Quasiment toutes les listes partagent ces propositions : une harmonisation fiscale ou des taux d’imposition minimum (souvent à 20 %) ; un élargissement de la liste noire des paradis fiscaux et des sanctions, y compris contre les pays qui font partie de l’Union ; une obligation de transparence pour les multinationales, ou encore que ces entreprises paient des impôts là où elles font vraiment leur chiffre d’affaire. 

Mais certaines listes, comme celle de la France insoumise, s’engagent dans des mesures encore plus radicales : le parti de Jean-Luc Mélenchon veut instaurer un impôt européen universel, retirer les licences des banques dont l’activité déclarée ne correspond pas à leur activité économique réelle -sous entendu dans les paradis fiscaux-, ou encore interdire l’accès aux marchés publics pour les entreprises qui fraudent et pratiquent l’exil fiscal (proposition partagée avec EELV). La liste France insoumise, comme celle des communistes, veut aussi voir les contrôles et les pouvoirs du Parquet financier européen renforcés. 

Chez Place publique-PS, on veut une évaluation annuelle des pertes liées à la fraude fiscale, la fin du secret bancaire ou bien un ISF européen (tout comme Benoît Hamon d’ailleurs). Une mesure originale se détache, toujours dans le programme de Raphaël Glucksmann : supprimer purement et simplement l’usage des billets de 500 euros. Ces billets ne sont d’ores et déjà plus émis par la Banque centrale européenne mais leur suppression totale permettrait de lutter, selon le candidat Place publique-PS, contre l’évasion fiscale, le blanchiment, la spéculation et le crime organisé. 

Enfin, si beaucoup veulent s’en prendre aux GAFA et les imposer plus durement, l’idée la plus amusante vient du Parti communiste qui propose une taxe dont le montant serait fixé au prorata des flux et clics générés dans chaque État membre de l’Union. 

D’accord sur un SMIC européen, moins d’accord sur le revenu universel et les travailleurs détachés 

Les listes de gauche ont aussi pour point commun de vouloir défendre les droits et les conditions de travail des salariés en Europe. Une mesure est ainsi partagée par les cinq listes : la création d’un salaire minimum européen. Mais toutes ne proposent pas le même montant. C’est le PCF le plus généreux, avec un SMIC d’au moins 60 % du salaire moyen national, soit 1 400 euros nets en France, quand les autres listes proposent de l’indexer sur le salaire médian, inférieur au salaire moyen : 75 % de ce salaire médian pour la France Insoumise, 65 % pour Place publique-PS, 60 % pour EELV. 

Génération.s, pour le coup, n’avance aucun chiffre sur ce SMIC européen. Mais la liste recycle une proposition portée par Benoît Hamon lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 2017 : la création d’un revenu universel, à l’échelle européenne cette fois, financé par la BCE. Une idée à laquelle souhaite arriver “à terme” EELV, mais qui n’est pas reprise par les trois autres listes. 

Il y a aussi deux camps à propos de la directive sur les travailleurs détachés, qui permet à des salariés d’aller travailler dans d’autres pays européens tout en restant affiliés à la sécurité sociale de leur pays d’origine. Le PCF et la France insoumise veulent tout bonnement supprimer ce statut, estimant chacun que les entreprises doivent cotiser au niveau le plus haut. Génération.s et EELV n’abordent pas directement la question, et Place publique-PS reste évasif en promettant des “cotisations égales sur un même lieu de travail”.

Sur ces questions sociales, on peut également noter que Benoît Hamon reprend une autre de ses propositions de 2017 : créer une fiscalité européenne sur le travail des robots pour les entreprises qui “remplacent des humains par des machines”.

Deux camps sur les institutions et la construction européenne

C’est une question plus idéologique, et donc plus clivante : quelle attitude adopter face au fonctionnement même de l’Union européenne ? Sur ce thème, la France Insoumise est la plus offensive. Dès les premières lignes de son programme, la liste menée par Manon Aubry propose de sortir des traités européens et prône le droit à la désobéissance nationale aux règles européennes. Le PCF est sur la même ligne, mais se montre plus pragmatique : “Il n’y a pas à attendre que soient créées les conditions d’une renégociation”, est-il écrit dans le programme. 

EELV, Génération.s et Place publique-PS veulent, à l’opposé, approfondir la construction européenne. La liste de Yannick Jadot veut aboutir à une “démocratie parlementaire” avec un Parlement européen ayant l’initiative législative et un “Sénat européen” qui représentera les États. Comme Génération.s, EELV propose de passer par une Assemblée constituante.

Vis-à-vis des fonctionnaires européens, c’est aussi une question de degré. Les Insoumis veulent que les eurodéputés puissent être destitués par référendum, et que la Commission européenne puisse être renversée via une motion de censure. Par comparaison, la liste de Raphaël Glucksmann prévoit aussi de pouvoir destituer un commissaire européen, mais en confiant ce droit au Parlement. 

Dernière ligne de fracture, qui suit la même logique : la défense européenne. La France insoumise (qui refuse “l’Europe de la défense”) et le PCF réclament la sortie de la France de l’OTAN. Dans leur programme, EELV et Génération.s proposent, au contraire, de créer une armée européenne commune. Pour Place publique-PS, c’est moins précis : la liste dit s’inscrire “dans la perspective d’une défense européenne”, mais propose d’abord de faire adopter un livre blanc européen sur la défense et la sécurité.


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