[Retour sur l’actualité] : Il est nécessaire de dissocier « évangélisation » et « occidentalisation »


Père Serge Martin Ainadou/ DR

Le père Serge Martin Ainadou est prêtre du diocèse de Cotonou en mission à l’École d’évangélisation « Jeunesse Lumière » en France. Chaque semaine, il propose une réflexion sur l’actualité.

Le Catéchisme de l’Église catholique enseigne que Dieu, principe et fin de toute chose, peut être connu avec certitude par la lumière naturelle de la raison humaine, à partir des choses créées. Dans les conditions historiques dans lesquelles il se trouve, poursuit le Catéchisme, l’homme éprouve cependant bien des difficultés pour connaître Dieu avec la seule lumière de sa raison. (CEC n° 37).

Ce texte apparaît comme l’une des clés de l’herméneutique (ou interprétation) théologique des données à la fois anthropologiques et historiques que nous fournissent des grilles de recherche sur le fait religieux en l’Homme en contexte de mission.

Si par le passé, à cause d’une méprise de la culture en terre de mission, on a pu traiter, par exemple, certaines formes de rites en milieu « païen » de satanique, cela n’a pas toujours été le cas, contrairement à ce que certains tentent de nous faire croire à certaines occasions. Il existe même un certain discours qui, sous prétexte de promouvoir la culture « endogène », s’en prend au christianisme, taxé de la chose du « blanc ». Or, grâce aux récents travaux de théologiens africains, on sait mieux que l’Évangile du Christ est universel, et que, par conséquent, le christianisme n’est pas qu’occidental. Il est aussi africain, précisément grâce la présence, dans chaque culture, de ce que saint Justin, aux tout premiers siècles de l’Église, appelait « les semences du Verbe de Dieu ».

Un discours anticolonialiste

Par la lumière de la raison naturelle, beaucoup de missionnaires, notamment des ethnographes et des théologiens africains ont entrepris d’identifier ces « semences du Verbe de Dieu », chez certains peuples en Afrique. Celles-ci étaient perçues comme de réelles « pierres d’attente » à l’accueil de l’Évangile. Ainsi, avec le célèbre ouvrage « Des prêtres noirs s’interrogent » paru en 1956, les premiers jalons pour l’inculturation seront posés.

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Sur l’invitation de Gérard Bissainthe, d’origine haïtienne, de jeunes prêtres noirs en Europe, en Afrique, en Haïti furent invités à faire un effort de réflexion et de pensée sur la situation de l’Église en leur pays. Les réflexions ont porté des fruits. Cependant, ce ne fut pas sans collusion fâcheuse avec un certain discours « anticolonialiste ». Ce discours persiste hélas jusqu’à ce jour lorsqu’il s’agit d’opposer « valeurs endogènes » et « valeurs exotiques », « négritude » et « hellénisme ». À croire que le Message du Christ se réduirait à la forme sociologique de la culture qui le porte vers une autre. Et pourtant, il nous semble objectif, malgré certaines contingences malheureuses de l’histoire, de dissocier radicalement « évangélisation » et « occidentalisation ».

Le ferment de l’Évangile

Une telle démarche anthropologique est d’autant plus urgente qu’elle exige une certaine rectitude de la pensée dans la distinction des domaines de l’histoire des peuples et de la missiologie, ainsi qu’un certain discernement à faire entre visées expansionnistes et mission d’évangélisation de l’Église. Si les unes connotent une erreur historiquement condamnée par Maximum Illud de Benoît XV, l’autre, la mission d’évangélisation de l’Église, en revanche, purifie ce regard prosélyte et conquérant d’une culture sur une autre et rend possible la rencontre entre le message du Salut et cette culture.

Dans la mesure où il apparaît difficile de faire parfois la part des choses, la tentation restera forte de continuer à entretenir une certaine confusion entre valeurs et contre-valeurs dans une culture, et à opposer christianisme africain, christianisme occidental, christianisme asiatique… Du reste, existerait-il un peuple qui ne fasse pas une expérience de la transcendance ? Au regard de l’histoire, cette expérience reste généralement commune à tous les peuples, quels que soient les cieux et les époques, à cause du fait religieux en l’Homme et de son expérience connaturelle de la transcendance. Partant, aucun peuple n’est devenu chrétien sans avoir été évangélisé. Ce qui suppose une expérience de la Révélation de Dieu, rendue possible par l’Annonce de l’Évangile du Christ et qui va par-delà une simple lumière de la raison naturelle.
De ce fait, si le phénomène de la colonisation reste un drame historique pour nos peuples en Afrique, il ne saurait continuer à suffire pour justifier amalgame et confusion dans le domaine religieux.

Père Serge Martin Ainadou



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