Pour un mal de ventre ou une plaie bénigne, pas toujours facile de se faire soigner dans un contexte de services d’urgences saturés et de déserts médicaux. Et si la solution venait de Suède? C’est le pari de Ramsay Santé, numéro un français de l’hospitalisation privée, qui va ouvrir dès l’été prochain des centres de santé de proximité “à la scandinave”. “Le modèle suédois repose sur les centres de soins primaires, qui accueillent les patients pour des soins de premiers recours. Seuls les cas nécessitant un équipement médical de pointe sont orientés vers l’hôpital”, résume son directeur général, Pascal Roché. Une efficacité nordique qui inspire aussi la ministre Agnès Buzyn dans son projet de désengorgement des hôpitaux.

Cadre législatif opportun

Est-ce pour anticiper cette volonté politique que Ramsay Santé, présent dans six pays en Europe, a cassé sa tirelire pour s’offrir fin 2018 le géant suédois Capio et ses 105 centres de soins primaires? Le français a raflé la mise pour 780 millions d’euros, après une surenchère musclée face à son compatriote Vivalto. “Alors que nous observons une tendance à la déshospitalisation, cette acquisition nous positionne sur toute la chaîne des soins”, insiste Pascal Roché. En capitalisant sur l’expérience du suédois, Ramsay Santé – dont le chiffre d’affaires a bondi de 50%, à 3,4 milliards d’euros après le rachat de Capio – entend devenir “le leader de la prise en charge globale du patient”: soins primaires, hospitalisation, soins de suite, soins à domicile…

Le contexte et le cadre législatif s’y prêtent. L’article 51 de la loi de financement de la Sécurité sociale 2018 autorise l’expérimentation de nouvelles organisations de soins. Ramsay Santé compte ouvrir dix centres de soins de proximité sur cinq ans, dont quatre dès cette année. “Les patients y seront pris en charge gratuitement par une équipe médicale pluridisciplinaire salariée”, détaille le directeur général. Autre évolution notoire: comme en Suède, ces structures percevront une rémunération au forfait. “Les médecins non payés à l’acte sont moins enclins à enchaîner les consultations et peuvent consacrer davantage de temps à la prévention.”

Offre de télémédecine

Plusieurs maires sont déjà sur les rangs pour accueillir ces premières structures, qui seront installées dans des déserts médicaux en Ile-de-France et en Auvergne-Rhône-Alpes: Argenteuil, Ris-Orangis, Villeneuve-Saint-Georges, Aubervilliers, Pierrelatte, Oyonnax… Un défi de taille: “Pour attirer des médecins vers des territoires en pénurie, il faut mettre des moyens”, relève Axelle Paquer, responsable du secteur chez BearingPoint. “Il ne faut pas raisonner en nombre de médecins, mais en temps médical disponible par patient”, balaye Pascal Roché. Et grâce à l’avance de Capio dans la télémédecine, Ramsay Santé espère pallier les éventuels manques de praticiens dans son planning en suivant les patients à distance. “Notre projet de structures de proximité intègre la téléconsultation et des services en ligne.”

Selon Alix Pradère, associée et fondatrice du cabinet OpusLine, “le projet de Ramsay Santé s’inscrit dans la façon dont l’offre d’hospi­talisation et les besoins de santé évoluent”. Traduisez: Ramsay Santé n’a d’autre choix que de proposer des solutions complémentaires d’accès aux soins. Séjours plus courts à l’hôpital, prise en charge en maisons de santé ou suivi des maladies chroniques à domicile, le virage ambulatoire amorcé par la ministre Marisol Touraine en 2013 s’accélère. La création des groupements hospitaliers de territoires (GHT), inscrite dans la loi santé de 2015, a également bouleversé le paysage. “Depuis, les hôpitaux publics coordonnent entre eux la prise en charge des patients de leur territoire”, dit Joëlle Bouet, associée d’OpusLine. Ce nouvel échiquier ne fait pas forcément les affaires des acteurs privés qui, de peur d’être dépassés par ces grands ensembles hospitaliers publics, tentent de reprendre la main. “En développant une offre intégrée, les groupes privés maillent le territoire avec une offre de soins au plus près du patient”, décrypte l’experte.

Coopération publique-privée

Au risque de “flécher” des patients, malgré eux, vers un écosystème privé? Certaines associations le redoutent. “Nous serons vigilants à ce que le patient garde son libre choix et ne soit pas abusivement orienté vers des hôpitaux privés pour des examens ou soins supplémentaires”, pointe Alexis Vervialle, chargé de mission Offre de soins à France Assos Santé. “Il ne faut pas opposer les initiatives publiques et privées, car les solutions qui fonctionnent diffèrent selon les bassins géographiques”, temporise Jacques Léglise, directeur général de l’hôpital Foch à Suresnes (Hauts-de-Seine). Ce dernier s’est associé à sept autres établissements privés au sein de l’Alliance hospitalière de l’Ouest parisien pour offrir des soins coordonnés. Ce mode de coopération reste “plus pertinent que les organisations mastodontes qui peuvent perdre en efficacité”.

C’est pourtant bien sur son envergure que Ramsay Santé, lui-même modelé à coups de fusions et rachats, parie. “Cette offre de soins transversale est la force de notre groupe, qui devient le partenaire santé du patient tout au long de sa vie”, assure Pascal Roché qui se félicite aussi de pouvoir investir plus de 200 millions d’euros par an dans l’innovation. De quoi continuer à conquérir des parts de marché.

Bientôt des centres médicaux rémunérés au forfait  C’est une petite révolution dans l’univers très français du paiement à l’acte, Ramsay Santé importe également de Suède la rémunération des soins dite “par capitation”. Concrètement, les régions suédoises financent en partie les centres de soins en leur versant un forfait par patient et par an. Le solde de l’enveloppe tient compte de critères de qualité. “Ce système privilégie la pertinence du suivi des patients, non pas le volume d’actes réalisé par les médecins, tout en introduisant une évaluation de la qualité de prise en charge”, salue Pascal Roché, directeur général de Ramsay Santé. En accord avec l’Assurance maladie, le groupe testera donc dans ses structures une rémunération forfaitaire qui variera selon l’âge et l’état de santé du patient. Par exemple, le suivi d’un homme jeune en bonne santé donnera lieu à un forfait de quelques euros par mois, quand celui d’une personne de 85 ans, souffrant de deux comorbidités (insuffisance cardiaque, diabète…) sera rémunéré 30 euros par mois. Pour inciter les équipes à fournir le meilleur service, Ramsay Santé s’inspire, là encore, de la méthode Capio. Plusieurs indicateurs de qualité seront mis en place, comme l’amélioration de la qualité de vie des patients ou le suivi des prescriptions médicales pour jauger, entre autres, le taux de recours aux antibiotiques. Et si les patients vont consulter ailleurs, la rémunération du centre baissera. D’où l’intérêt de les chouchouter.

 



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