« Psychiatrie publique : une politique incohérente »


Santé. « Il ne faut pas opposer l’hospitalisation à l’ambulatoire, mais donner davantage de moyens à une spécialité étranglée financièrement depuis une vingtaine d’années. »

Un bâtiment du centre hospitalier spécialisé Guillaume-Régnier, à Rennes. | ARCHIVES OUEST FRANCE


  • Un bâtiment du centre hospitalier spécialisé Guillaume-Régnier, à Rennes.
    Un bâtiment du centre hospitalier spécialisé Guillaume-Régnier, à Rennes. | ARCHIVES OUEST FRANCE

Michel Fourmont (Ille-et-Vilaine) :

Dans un long article consacré aux difficultés de la psychiatrie publique, publié le 23 novembre, M. Bellivier, délégué ministériel à la psychiatrie, expose sa vision pour résoudre la crise actuelle : le développement de l’ambulatoire qui aurait pour but de mettre en place un parcours de soins adapté à chaque patient et tourné vers son rétablissement.

Ce disant, il émet en creux l’idée que les soins en hospitalisation seraient contraires au rétablissement des patients. Cette vision, qui oppose les soins en ambulatoire avec les soins en hospitalisation, est assez sidérante de la part de quelqu’un censé proposer des solutions à la crise aiguë de la psychiatrie publique.

Vouloir appliquer à la psychiatrie un développement accéléré de l’ambulatoire, sur le modèle et les méthodes utilisées en chirurgie pour réduire les dépenses de santé, est la marque d’une méconnaissance ou d’un refus de voir la réalité.

Depuis deux décennies, la psychiatrie a été progressivement et systématiquement étranglée financièrement avec, pour conséquences, des fermetures massives de lits, même dans les secteurs où la population est en forte augmentation comme en Ille-et-Vilaine (10 000 habitants de plus par an).

Parallèlement, on a assisté à de nombreuses fermetures de centres de consultation ambulatoires (CMP) qui œuvraient au plus près de la population. La ville de Rennes a ainsi perdu trois centres de consultation dont celui de Villejean qui prenait en charge, entre autres, de très nombreux étudiants.

Ces fermetures ont été justifiées par la nécessité (laquelle on se demande) de regrouper ces centres de consultations. Ce sont donc des offres de soins en ambulatoires qui ont été supprimées.

Depuis les années 1970, la psychiatrie a toujours eu le souci de développer des prises en charge ambulatoires en lien et en complément avec les services d’hospitalisation. C’est ce lien et cette organisation qui sont détruits. Opposer ces deux types de prise en charge n’a aucun sens.

On voit l’incohérence des politiques sanitaires suivies ces vingt dernières années. Ce sont d’abord les patients qui font les frais de cette politique insensée, mais aussi les personnels qui n’en peuvent plus de ne pouvoir faire correctement leur travail.

Ce qui guide ces politiques, c’est d’abord la volonté de limiter les dépenses consacrées à la santé et à la santé mentale en particulier. Mais ce que ne comprennent pas ces décideurs, c’est que diminuer les dépenses ne fait pas faire d’économies, bien au contraire.

La psychiatrie publique ne va pas dans le mur, elle s’y est déjà écrasée. Les responsables politiques doivent ouvrir les yeux et donner des moyens pour enfin prendre en charge dignement les patients qui ont besoin de soins.

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