Plus qu’un lieu de culte, la Grande Mosquée ouvre une porte sur la culture arabo-musulmane. Et son art de vivre. Construite en face du jardin des Plantes à Paris, elle donne un petit goût d’Orient au Ve arrondissement. On peut profiter d’un gommage au savon noir au hammam, déguster des pâtisseries orientales sous un figuier ou déjeuner d’un couscous au restaurant.Les salles de la mosquée adoptent une architecture hispano-mauresque. Les plafonds sont sculptés et peints en bois de cèdre, les galeries décorées de mosaïques fabriquées au Maroc. L’édifice a été inauguré en 1926 sur l’ancien emplacement de l’hôpital Pitié-Salpêtrière. Il panse, lui aussi, des plaies. Paris (Ve). Le minaret de cet édifice de style mauresque est haut de 33 m. LP/Philippe de Poulpiquet  « Cette mosquée est la reconnaissance française des sacrifices des musulmans morts pour la France », rappelle Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de 1992 au 11 janvier dernier. Le Parlement français, pour récompenser les milliers de musulmans tombés pour la patrie, avait même versé une subvention en 1922, pour accélérer sa construction. La Ville de Paris a donné le terrain de 75 000 m2. L’association porteuse du projet s’est créée à Alger. Et l’Algérie reste le principal financeur de cette mosquée qui attire 200 visiteurs chaque jour.En passant la porte magistrale en bois de cèdre, on tombe sur un joli jardin pavé de carrelage vert. A droite, le minaret de 33 mètres domine les appartements en brique rouge de la rue voisine. A gauche, le secrétariat et le bureau du recteur. Dalil Boubakeur a reçu ici Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron. Sa rencontre la plus mémorable ? « Celle avec le dalaï-lama, à Lourdes. Il m’a dit ne jamais avoir vu une mosquée, je l’ai invité ici. J’ai découvert un homme bon, spirituel. J’ai été frappé par sa simplicité : il ne se complique pas la vie ! » Paris (Ve). La bibliothèque compte notamment les volumes de l’encyclopédie de l’islam et de nombreux corans. LP/Philippe de Poulpiquet  Le recueillement n’est possible que dans la salle de prière, interdite aux visiteurs. Le brouhaha des visites scolaires, des touristes, de la rue freine toute méditation. On aurait envie de silence, au milieu des carreaux de mosaïque fabriqués au Maroc. Ce sont des artisans du Maghreb qui ont conçu les faïences polychromes, les fontaines de porphyre (roche volcanique) et les portes en cèdre.Mais revenons au silence… On le trouve dans la bibliothèque, aux magnifiques armoires en bois, aux plafonds sculptés. Sur les rayons s’alignent les volumes de l’encyclopédie de l’islam et de nombreux corans. « Les fidèles nous en donnent beaucoup, parce que c’est un livre que l’on ne jette jamais. Il est transmis de génération en génération », raconte la bibliothécaire. Parmi ces waqfs (donations faites à perpétuité par un particulier), on découvre un coran des années 1700 exposé en vitrine.L’invitation au voyageLa déambulation se poursuit dans un patio au sol en marbre d’où est lancé l’appel à la prière. Les colonnes, aux chapiteaux sculptés, sont aussi en marbre. Un toit en toile rétractable empêche depuis sept ans la pluie d’abîmer les hauteurs boisées des murs. A côté, un petit jardin un peu délaissé abrite des oliviers, de la vigne, des roses. La balade dans cette architecture hispano-mauresque invite au voyage.Newsletter Sortir en région parisienneChaque vendredi, l’actualité de vos sorties vue par Le ParisienLe plus bel espace est le jardin central, carrelé de vert, avec ses deux fontaines en marbre rose et ses carrés de verdure. Il y pousse des palmiers, des orangers du Mexique, un lilas des Indes, des cyprès, des palmiers de Chine ou encore un arbousier de Chypre. Le lierre tapisse le sol. Le jardin central compte 2 fontaines et de nombreux arbres. LP/Philippe de Poulpiquet  En contrebas, la mosquée a construit il y a 25 ans un centre de formation, l’institut Al-Ghazali. Quelque 300 étudiants et une cinquantaine d’imams y viennent chaque année. « Nous formons des imams aumôniers pénitentiaires, militaires, hospitaliers et pour la première fois, la Sorbonne va enseigner la prévention contre la radicalisation. C’est crucial », insiste l’ancien recteur. Pour oublier cette dure réalité, rien de tel qu’une gourmandise au salon de thé.Grande Mosquée de Paris, 2 bis, place du Puits-de-l’Ermite (Ve). Renseignements : 01.45.35.97.33. et sur le site officiel de la mosquée.EN HOMMAGE… aux victimes de guerreDerrière le jardin central, en descendant quelques marches, on découvre deux plaques commémoratives en hommage aux musulmans morts pour la France. « François Hollande les a fait poser en 2014 », se félicite Dalil Boubakeur. L’une consacre les victimes de la Première Guerre mondiale, la seconde plaque honore celles de 1939-1945.L’engagement des soldats musulmans pour la France remonte à la conquête de l’Algérie, en 1830 et à la formation de l’armée de l’Afrique du Nord. Depuis la guerre en Crimée en 1856 – le Zouave du pont de l’Alma leur rend hommage – jusqu’à la guerre d’Indochine, l’armée d’Afrique a versé beaucoup de sang. Dissoute en 1962, elle a été saluée par les généraux français pour son énergie et sa ténacité. Des dizaines de régiments de tirailleurs algériens, marocains, tunisiens et sénégalais ont été engagés durant la Première Guerre mondiale. A la bataille de Verdun, 70 000 combattants ont perdu la vie.Les politiques, soutenus par les maréchaux, ont décidé de créer la mosquée de Paris en signe de reconnaissance, en 1916. Les musulmans devront attendre dix ans pour l’inaugurer, « dans un climat de sympathie et de ferveur », rapporte l’ancien recteur.ON DÉCOUVRE… un salon de thé pour les gourmandsL’été, on prend le thé à la menthe sous le figuier de la terrasse. L’hiver, on le boit au chaud, dans le salon de thé de la mosquée. L’entrée se trouve à l’arrière, rue Geoffroy-Saint-Hilaire, juste en face du Muséum national d’histoire naturelle. Dégustées en terrasse, les pâtisseries orientales sont à 2 euros, comme le thé.Au restaurant, les tagines servis avec de la semoule (de 15 à 18 euros) et les couscous (à partir de 15 euros) défilent sur les plateaux dorés. Dehors, sous les parasols, les tables sont pleines d’étudiants, de touristes, de Parisiens désireux de se détendre dans un cadre oriental, à côté des oliviers. Les chaises sont alignées contre le mur, pour offrir la vue sur les arbres. Le sol est en marbre, comme dans la mosquée.On choisit et on paye ses pâtisseries à l’intérieur avant de les emporter. Cornes de gazelle aux goûts divers, pâtisseries aux noix, à la fleur d’oranger, à la pâte d’amande, à la pistache. La vingtaine de variétés délicieuses éveille les papilles. On avale la gourmandise en deux bouchées. Le serveur tourne avec sa théière, versant dans les verres le filet à la menthe sucré. Sur une table bistrot en mosaïque bleue, un pigeon, fin connaisseur, espère rafler quelques miettes. Entrée au 39, rue Geoffroy-Saint-Hilaire (Ve). Tél. : 01.43.31.38.20.On en profite pour… … se promener au jardin des Plantes voisin, qui se décompose en onze espaces (jardins écologique, alpin, des iris…). On y admire 8500 variétés, dix fois plus de plantes saisonnières, 2000 arbres et autant de plantes de serres. La ménagerie, le plus vieux zoo du monde, rassemble singes, flamants roses, pandas roux, panthères des neiges…Entrée libre au jardin, 57, rue Cuvier (Ve). De 10 à 13 euros pour la Ménagerie.… déjeuner au Café Censier, qui concocte une cuisine de produits frais et de saison dans sa formule midi, propose une formule entrée-plat ou plat-dessert à 14,90 euros.Ouvert tous les jours de 7 heures à 2 heures, 101, rue Monge (Ve). Tél. : 01.43.36.28.26.… visiter le musée Curie. Le lieu est dédié à la famille : Pierre, Marie, leur fille aînée, Irène, et son mari, Frédéric Joliot, détenteurs de cinq prix Nobel. On découvre le laboratoire qu’a dirigé Marie Curie les 20 dernières années de sa vie, le radium qu’elle a découvert, la fondation Curie pour soigner les cancers.Ouvert du mercredi au samedi, de 13 heures à 17 heures. Animation tous les samedis à 15 heures (visite guidée, atelier, conférence, conte…). Entrée libre. 1, rue Pierre-et- Marie-Curie. Tél. : 01.56.24.55.33.


Source


Crédits photo : www.leparisien.fr


Source de l’article : www.leparisien.fr


Source: http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/sortir-region-parisienne/orient-saveurs-et-recueillement-on-visite-la-grande-mosquee-de-paris-15-02-2020-8260227.php