Dans un contexte de tension grandissante autour de la région d’Idlib, dans le nord de la Syrie, la Turquie a de nouveau bombardé les forces militaires du régime de Damas en Syrie, samedi 29 février. Au même moment, des affrontements se déroulaient entre policiers et migrants à la frontière greco-turque après qu’Ankara eut décidé d’« ouvrir ses portes » pour obtenir un soutien des Européens dans la crise. Lire notre éditorial: Syrie : l’Europe défiée à Idlib Nouvelles frappes turques dans la région d’Idlib Au nord-est de la province d’Idlib. ABDULWAJED HAJ ESTEIFI / AFPLes nouvelles frappes turques interviennent après la mort de 33 militaires turcs dans des bombardements aériens attribués par Ankara au régime de Bachar al-Assad dans la région d’Idlib (nord-ouest de la Syrie) jeudi. Vendredi, un autre soldat turc a été tué. La Turquie a affirmé qu’elle avait détruit une « installation d’armes chimiques » dans la région d’Alep. L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), une ONG, a mis en doute cette affirmation, évoquant une frappe contre un aéroport militaire. Le régime syrien, appuyé par Moscou, mène depuis décembre une offensive pour reprendre la province d’Idlib, ultime bastion rebelle et djihadiste. Les combats et bombardements ont provoqué une catastrophe humanitaire, faisant près d’un million de déplacés. Le conflit en Syrie a fait plus de 380 000 morts depuis 2011. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Michel Duclos : « La tragédie d’Idlib est un défi pour l’Europe » « Réduire les tensions » entre Turquie et RussieL’escalade militaire à Idlib a aussi tendu les rapports politiques entre la Turquie et la Russie, l’un des principaux soutiens du régime syrien. Vendredi, le président turc Recep Tayyip Erdogan et son homologue russe Vladimir Poutine ont eu un entretien téléphonique lors duquel ils ont exprimé leur « inquiétude ». Les deux dirigeants pourraient se rencontrer à Moscou la semaine prochaine, selon le Kremlin. Russes et Turcs ont émis le souhait d’une « réduction des tensions » en Syrie lors de rencontres entre hauts responsables des deux pays ces derniers jours, a néanmoins affirmé samedi le ministère russe des affaires étrangères. Les responsables des deux pays ont également dit vouloir « protéger les civils à l’intérieur et à l’extérieur de la zone de désescalade [d’Idlib] et fournir une aide humanitaire d’urgence à tous ceux qui en ont besoin », selon la même source. Depuis que les Etats-Unis ont retiré une partie de leurs forces du nord-est syrien en octobre 2019, à la demande pressante de la Turquie, le destin de la Syrie se joue entre Moscou et Ankara et les convergences d’intérêts entre les deux capitales se sont considérablement fragilisées, notamment autour d’Idlib depuis décembre 2019. Pour préserver le statu quo et éviter une reprise totale de l’enclave par le régime, Ankara a dû renforcer sa présence aux côtés des rebelles, quitte à risquer l’escalade avec Moscou. Lire l’analyse : Turquie et Russie au bord d’une confrontation militaire en Syrie Des milliers de migrants repoussés à la frontière turco-grecque Des migrants à la frontière turco-grecque. Emrah Gurel / APFace à cette situation très tendue, Ankara s’efforce depuis de rallier la communauté internationale. Pour faire pression sur l’Europe, elle a mis à exécution sa menace de laisser passer les migrants qui voudraient se rendre en Europe, notamment par la Grèce. La police grecque s’efforçait de repousser avec des grenades lacrymogènes des milliers de migrants qui tentaient de franchir depuis la Turquie, dont certains jetaient des pierres en direction des forces de l’ordre, ont constaté des journalistes de l’Agence France-Presse. Ces échauffourées se déroulaient au poste-frontière turc de Pazarkule (Kastanies côté grec). Des milliers de migrants ont passé la nuit à la frontière, se regroupant autour de braseros. De son côté, Erdogan a martelé que la Turquie « n’allait pas fermer les portes » et maintiendra ses frontières avec l’Europe ouvertes pour permettre aux migrants de passer, reprochant à l’Union européenne de ne pas suffisamment l’aider à porter le fardeau. Le président turc affirme que 18 000 migrants auraient déjà franchi celles-ci pour traverser vers l’Europe depuis vendredi, un chiffre impossible à confirmer. Lire notre reportage : Des centaines de migrants bloqués à la frontière gréco-turque Le Monde avec AFP


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