Montpellier. Start-up : Predict Services, le phénomène climatique


Alix Roumagnac, fondateur et dirigeant de Predict Services, veille aujourd'hui sur plus de 30 000 communes en France
Alix Roumagnac, fondateur et dirigeant de Predict Services, veille aujourd’hui sur plus de 30 000 communes en France (©Mario Sinistaj)

La start-up montpelliéraine Predict Services (35 salariés, 4,3 M€ de CA en 2018 dont 15 % à l’international) est devenue une référence mondiale dans la prévention des phénomènes météo intenses.

Créée en 2006 au sein du BIC de Montpellier par l’ingénieur hydrologue Alix Roumagnac, Predict est le seul spécialiste européen capable d’analyser la vulnérabilité des territoires en cas d’évènements intenses (épisodes cévenols par exemple) et de proposer des plans de gestion de crise aux collectivités.

Choisie pour les JO de Rio 

Forte de cette compétence rare, la start-up, choisie par Rio en 2016 pour sécuriser les J.O, n’a cessé de se développer à l’international et d’étoffer son offre. Avec Propagator, la start-up prédit désormais l’évolution des feux de forêt, un sujet dont on mesure les enjeux à l’aune des incendies qui ravagent l’Australie. Le temps devient fou, mon petit monsieur… mais Predict veille. Rencontre avec Alix Roumagnac, un drôle de phénomène… climatique, bien sûr.

Le spécialiste européen de la prévention des phénomènes météo intenses confirme que de nouveaux dangers menacent l'Hérault
Le spécialiste européen de la prévention des phénomènes météo intenses confirme que de nouveaux dangers (vagues de submersion, désertification des sols) menacent l’Hérault (©Mario Sinistaj)

Près de 30 000 communes surveillées

Métropolitain : On le voit bien en région : les évènements météorologiques intenses (comme les inondations) se multiplient. Les services de Predict sont-ils devenus indispensables ?

Alix Roumagnac : Malheureusement, oui ! Il faut être conscient que le réchauffement climatique a déjà commencé. Il faut arrêter d’évoquer les conséquences de ce phénomène au futur : nous sommes en plein dedans ! Dans notre région, chacun peut d’ailleurs constater que l’on en subit déjà les conséquences : les évènements extrêmes (épisodes cévenols ou méditerranéens, canicules, sécheresses, incendies) sont plus fréquents. Et la situation ne va pas s’améliorer, au contraire.

Dans ce contexte global, à la fois régional et mondial, quel est le rôle de Predict Services ?
Nous ne sommes pas des météorologues et ne faisons pas de prévision météo. Predict est un expert dans la prévention du risque hydrométéorologique. Nous aidons les collectivités à mettre en place leur Plan Communal de Sauvegarde (PCS) pour éviter les drames en cas de fortes intempéries. Nous assurons aujourd’hui la sécurité de près de 30 000 communes pour lesquelles nous avons recoupé, depuis 2006, des millions de données-terrain : archives Météo France, carte IGN pour la topologie, cartographie des cours d’eau, aménagements humains et urbanisme, images et vidéos des crûes précédentes, webcam, rapport des gestionnaires de risques des collectivités, études des assurances, etc…

Nous surveillons l’épisode violent sur le terrain et déclenchons des alertes lorsque des seuils sont atteints, ce qui permet au maire de sécuriser les biens et les personnes.

Installée à Castelnau-le-Lez, la start-up abrite en son centre sa salle de veille,
Installée à Castelnau-le-Lez, la start-up abrite en son coeur une salle de veille H24, « La Vigie », véritable coeur du dispositif (©dr)

Vous avez également développé des outils numériques pour traiter ces données ?
Exactement. A partir des prévisions de Météo France, nous pouvons « modéliser » les crues et de prévoir la façon dont la montée des eaux va s’opérer sur une commune. Nous surveillons l’épisode violent sur le terrain et déclenchons des alertes lorsque des seuils sont atteints, ce qui permet au maire de sécuriser les biens et les personnes.

En clair, vous aidez les communes à être réactives ?
C’est cela, oui. Le PCS instaure des paliers d’alerte progressifs auxquels correspondent des mesures : fermer des parkings, des routes, des ponts, faire évacuer des quartiers, des lotissements ou un Ephad, ou faire grimper les gens à l’étage. Il est impossible à l’avance de prévoir le degré précis d’intensité de l’événement, mais notre procédé permet de s’y préparer et d’adapter la réponse à la situation donnée en temps réel.

30% de la population en zones à risque

Chaque commune aujourd’hui est sous la menace d’une catastrophe naturelle ?
Plus de 30% de la population française vit aujourd’hui dans des zones considérées comme à risque. Dans un contexte de réchauffement climatique, prédire la tournure des évènements à l’échelle de la commune est d’autant plus nécessaire que ceux-ci peuvent frapper de manière ultra-locale. Le 7 octobre 2014, Grabels a été victime d’un épisode méditerranéen qui a provoqué des dégâts considérables, alors qu’il n’y a presque rien eu à Lattes… Gérer une alerte globalement, à l’échelle d’une région ou d’un département, n’est donc pas la bonne réponse : il faut être capable de surveiller et d’agir à l’échelle de la commune.

Le savoir-faire de Predict à déjà sauvé des vies humaines ?
Oui, bien sûr. Nous alertons régulièrement des communes dont certaines ont déjà déclenché leur PCS. Je pense que notre technologie a permis de sauver des centaines de vies… Cela paraît hallucinant, mais nous sommes les seuls en Europe à proposer cela.

30% de la population française vit dans des zones considérées
30% de la population française vit dans des zones considérées « à risque » (©Mario Sinistaj)

Face au typhon au Japon 

D’où, notamment, le choix de Predict par la ville de Rio en 2016 ?
Tout à fait. Nous avons été choisi pour sécuriser les Jeux Olympiques. Le développement à l’international de Predict est justement un enjeu considérable pour notre société. Nous pouvons aider un pays à se doter de son propre service de veille. C’est ce que nous faisons au Maroc depuis 2018, à Rabat, où nous mettons en place un système intégré d’aide à la gestion des risques d’inondations. Le Maroc veut disposer de sa propre cellule de crise météo nationale. Mais nous assurons aussi ce type de veille pour des assureurs ou des grands groupes qui nous demandent de surveiller leurs installations aux quatre coins du monde.

Pendant la Coupe du Monde de rugby, le Japon a paru un peu pris de court face au typhon. Vous auriez pu faire quelque chose ?
Nous avons des clients qui possèdent des usines au Japon et dont nous avons assuré la veille dès que l’alerte typhon a été donnée. Nous avons déclenché des mises en sécurité des biens et des personnes sur certains sites bien avant que l’état japonais ne prenne des mesures… Oui, on peut aider les pays à anticiper les conséquences des phénomènes violents.

L’Agence Spatiale Européenne nous a d’ailleurs choisi dans le cadre du programme Cosparin qui vise à améliorer la prévision du risque inondation au niveau mondial

Cette capacité d’action à l’étranger s’est développée grâce à votre programme « Sémaphore » ?
En décembre 2018, en effet, nous avons lancé Sémaphore, un service international d’étude des menaces associées aux phénomènes à risques extrêmes : inondation, tempête, submersion marine. Pour cela, on élargit notre zoom en utilisant des données de la Nasa, d’Airbus ou de l’Agence Spatiale Européenne. Cette dernière nous a d’ailleurs choisi dans le cadre du programme Cosparin qui vise à améliorer la prévision du risque inondation au niveau mondial, en utilisant notamment des images satellites européennes. A terme, Cosparin permettra d’identifier les pluies sur l’ensemble du globe heure par heure. Ce que nous ferons avec la capacité de livrer des prévisions très précises sur des parcelles de 500 mètres ! Aujourd’hui, grâce à Sémaphore, nous assurons aujourd’hui la veille de plus de 400 sites dans le monde répartis dans une quarantaine de pays.

Pépite montpelliéraine, Predict Services a déjà remporté de nombreux prix, comme ici sur le salon international Hydrogaïa
Pépite montpelliéraine, Predict Services a déjà remporté de nombreux prix, comme ici sur le salon international Hydrogaïa (©dr)

Après l’eau, le feu avec Propagator

Predict Services veut aussi lutter contre les feux de forêt. Vous avez créé Propagator. C’est un sujet brûlant ?
C’est un projet collaboratif développé avec plusieurs partenaires, dont Predict, l’Université de Catalogne et le laboratoire de recherche italien CIMA, et qui doit permettre à l’avenir d’anticiper la propagation des incendies, là aussi à l’échelle des territoires. L’outil, en plein développement, a été testé en Corse et sur l’arc méditerranéen et ses résultats sont très satisfaisants… A terme, les secours, dont les pompiers, disposeront d’un outil très performant car nous allons régulièrement peaufiner les scénarios de propagation des incendies en intégrant tous les paramètres, de la topologie du terrain aux différentes essences présentes sur les zones.

Lire aussi : Incendies en Australie : il ne reste que 9000 koalas sur les 46 000 de l’île Kangourou

L’Australie brûle. Vous auriez pu faire quelque chose ?
On aurait pu faire des prévisions, mais le problème de l’Australie repose sur son manque de moyens pour lutter contre les incendies. De plus, lorsque les conditions climatiques, sécheresse et canicule, se cumulent, les feux deviennent difficiles à arrêter, surtout si on n’est pas là au départ pour stopper le départ d’incendie… Le cas de l’Australie illustre toutes les contradictions du réchauffement climatique : canicule et incendie d’un côté du pays, pluie de l’autre. La Californie aussi a été ravagée par des incendies alors que d’autres états, au même moment, faisaient face à des crûes dévastatrices.

Avec le dérèglement climatique, l’Hérault devra affronter deux nouveaux phénomènes, les vagues de submersion et la désertification 

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire cette remarque : « le temps devient fou, mon petit Monsieur ».
Je vous le confirme : le dérèglement va s’accentuer. On peut néanmoins se rassurer en se disant que si on ne peut pas empêcher les cataclysmes, on peut voir leur formation, anticiper leur développement et leur impact en modélisant la façon dont ils vont toucher les zones impactées. On peut s’y préparer et limiter les dégâts.

Vous n’avez pas oublié les particuliers à qui Predict propose une application gratuite…
Nous avons lancé Mypredict en 2018 qui permet aux citoyens d’être informés en temps réel sur les risques d’inondation, de submersion, de tempête ou de forte chute de neige. Elle leur permet aussi d’adopter les bons gestes et, en fonction de l’évolution des paliers d’alerte sur la commune, d’assurer la protection de biens et la sauvegarde de la famille.

Allez, histoire de nous faire flipper, quelles sont les principales menaces qui concernent notre territoire ?
On connaît les épisodes cévenols et méditerranéens, la canicule, la sécheresse… Je veux aussi citer la désertification. Des successions de canicules, de sécheresses et de fortes pluies laminent fortement les sols qui s’appauvrissent. C’est un risque très sérieux pour notre territoire… Je dois aussi citer le risque de submersion marine pour tout le littoral. Il devrait s’accentuer avec l’élévation du niveau de la mer à cause du réchauffement climatique et de la font des glaces. Il sera accentué par les fortes chaleurs qui dilatent la mer : en cas de forte pression atmosphérique, le niveau de la mer peut ainsi s’élever de 50 cm… A terme, notre littoral va être confronté au problème des vagues de submersion. Et nous ne sommes pas prêts…





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