les Premières Nations sous la plume de Joe Sacco


Extrait de « Payer la terre », de Joe Sacco.
Extrait de « Payer la terre », de Joe Sacco. Futuropolis

« Payer la terre », de Joe Sacco, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sidonie Van den Dries, Futuropolis/XXI, 272 p., 26 €.$

Il y a un demi-siècle, un avion s’est posé, c’était un hydravion, il a embarqué un groupe d’enfants de la communauté indienne Déné pour les envoyer dans des « pensionnats autochtones » situés à l’autre bout de cette immense région du Canada appelée les Territoires du Nord-Ouest. D’innombrables rotations aériennes ont eu lieu par la suite. On estime à 150 000 le nombre de garçons et de filles qui ont été ainsi arrachés à leurs familles et à leur terre, tout à fait légalement, dans le cadre d’un plan d’assimilation et d’acculturation des Premières Nations.

Débutée au XIXe siècle, cette politique d’Etat visant à civiliser les « sauvages » ne s’est arrêtée qu’au milieu des années 1990. Elle a bouleversé le mode de vie des peuples premiers dans des proportions insoupçonnées, développe Joe Sacco dans son nouvel ouvrage, un documentaire graphique au long cours d’une passionnante gravité, qui souligne la force du dessin à pouvoir rejouer uniformément des réalités d’hier et d’aujourd’hui.

S’il n’a pas inventé la BD de reportage, comme on le dit parfois – Cabu en faisait déjà dans les années 1970 et 1980 dans les pages d’Hara-Kiri et de Charlie Hebdo –, l’Américain est aujourd’hui le maître absolu d’un genre qu’il a éprouvé sur plusieurs zones de conflit (Palestine, ex-Yougoslavie, Irak, Caucase…). Journaliste de formation, Sacco n’a pas d’égal pour faire s’opposer les points de vue et toucher du doigt une complexité nourrie à la fontaine des faits et des témoignages. Son savoir-faire est indéniable, sa rigueur, de chaque instant.

L’auteur de Gaza 1956 (Futuropolis, 2010) en fait la démonstration éclatante pour son grand retour au terrain, après plusieurs albums réalisés en atelier. Son propos, ici, est de relater comment la vie en forêt – inhérente aux tribus autochtones installées dans les régions arctiques du Canada – s’est peu à peu délitée sous l’effet de maux apportés par l’homme blanc.

Une politique de colonisation

Le premier mal fut l’adoption, il y a un siècle, d’une série de traités qui conduisirent les Indiens à céder leurs terres au gouvernement contre la promesse d’une annuité de quelques dollars et d’une poignée d’outils. Le second, conséquence du précédent, aboutit au vol des ressources naturelles présentes dans les sous-sols de ces territoires (gaz, pétrole) par des entreprises privées adeptes de la fracturation hydraulique.



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