Mardi, la direction générale de la santé comptait 22 300 infections au coronavirus pour 1 100 morts. Ces chiffres ne prennent pas en compte les morts dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD).

Il faut parcourir la presse locale pour prendre conscience de l’ampleur de la catastrophe. Quatorze morts à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), 20 à Cornimont (Vosges), 16 à Saint-Dizier (Haute-Marne), 12 à Thise (Doubs). Ce macabre tour de France n’offre qu’une vision parcellaire des pensionnaires de maisons de retraite morts du Covid-19. Aucun décompte officiel n’existe.

Chaque jour depuis le début de la crise, le ministre de la Santé, Olivier Véran et le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon communiquent le nombre de Français contaminés. Avec une précision pour la première fois clairement énoncée mardi : ces chiffres « ​ne représentent qu’une faible part de la mortalité ​». Jérôme Salomon a promis pour les « ​tout prochains jours ​» la mise en place d’un « ​suivi quotidien de la mortalité ​» dans les établissements pour personnes âgées (EHPAD).

Le peut-il ? L’organisation du système de soins français ne prévoit pas la centralisation des décès survenus en EHPAD. « Il s’agit d’un problème ancien auquel fait face notre système ​: le manque de coordination entre les hôpitaux et les EHPAD, renseigne Thomas Rapp, maître de conférences et économiste de la santé à l’université de Paris. La canicule de 2003 a entraîné de nombreux investissements dans la prise en charge des personnes âgées sans résoudre ce problème de coordination. ​» « ​Aujourd’hui, le gouvernement ne se réfère qu’à ce que lui transmet le système de santé, complète Marie-Anne Montchamp, secrétaire d’État aux Solidarités durant les quinquennats Chirac et Sarkozy. Les EHPAD possèdent leurs propres réseaux, non intégrés au champ sanitaire. ​»

Avec quelle méthode le directeur général de la santé pourra-t-il fournir un décompte des morts hors des hôpitaux ​? « ​Une application est en cours de développement ​», assure le ministère de la Santé. Dès qu’un établissement médico-social aura signalé, dans cette application, la présence d’un cas de Covid-19 entre ses murs, les décès suspects survenus par la suite seront comptabilisés.

Au ministère d’Olivier Véran, on défend la sincérité des chiffres délivrés quotidiennement ​: « ​D’habitude, on suit en temps réel une épidémie a posteriori. Ce n’est que des semaines après que l’on peut mesurer la surmortalité. ​» Pour le Covid-19, Santé publique France s’appuiera sur le nombre de décès enregistrés par l’Insee pour estimer l’ampleur de l’excès de mortalité. Un premier point hebdomadaire sera communiqué ce vendredi.

Loterie. Tout n’est pas affaire d’outils statistiques. Si les EHPAD sont aujourd’hui plongés dans le noir, c’est aussi une histoire de pénurie de tests de dépistage. Dans son guide de préparation à la phase épidémique, publié le 16 mars, le ministère de la Santé jugeait « ​non prioritaire ​» de poursuivre des tests au-delà de trois pensionnaires contaminés.

Marie-Anne Montchamp est très inquiète ​: « ​Une seule personne peut transformer un EHPAD en foyer de l’épidémie. Si celle-ci entre sans masque et sans avoir été testée, c’est la loterie. ​» Chaque établissement s’en remet à un personnel non formé à la gestion d’une telle crise. « ​L’enquête nationale menée par la DRESS révèle que 15 % du personnel a moins d’un an d’ancienneté et que des postes restent non pourvus pour des périodes supérieures à six mois ​», observe Thomas Rapp.

Ce n’est pas le pire. « ​95 % des six millions de Français âgés de plus de 75 ans vivent aujourd’hui confinés chez eux, s’alarme Marie-Anne Montchamp. C’est le deuxième front de cette crise. Le premier se joue à l’hôpital. Le second, au domicile de ces gens, souvent fragiles. ​» Pour eux non plus, il n’existe aucune statistique.



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Crédits photo / Source de l’article : www.lopinion.fr

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