Elle parle comme elle joue de la gâchette. Visage placide, Julia Simon déroule le fil de ses pensées sans reprendre son souffle. D’un seul coup, sa voix se fait plus calme. La Savoyarde ralentit la cadence des mots et s’attarde sur chaque syllabe : « Depuis deux ans, le biathlon c’est mon projet, le plus gros du moment… » Elle observe un silence et reprend une longue apnée pour replonger frénétiquement dans le flux de la discussion.Ces deux dernières saisons, la Savoyarde a mis la main sur pas mal de choses. 5 e du général de la Coupe du monde, elle avoue ne plus être « la même biathlète ». Elle ne parle pas de statut, c’est quelque chose qui la dépasse. C’est plus intime. « Je fais du biathlon pour moi, lâche-t-elle. C’est moi qui m’entraîne. La première personne à être déçue, c’est moi. J’ai compris que le biathlon, c’était mon projet et mes choix. »
« J’ai pris les choses en main »Au printemps, elle a choisi de quitter le Beaufortain et les Saisies pour le massif des Bauges et la Féclaz parce qu’elle voulait « mettre les chances de mon côté pour performer ». Plus jeune, elle avait initié une démarche similaire en se dirigeant vers des études de menuiserie plus que l’université. « C’était mon parcours à moi et j’ai pris les choses en main. Cette année, c’est la même chose, j’avais envie de progresser et passer des caps. Pour ça, il faut aller chercher des pas de tir et je suis allée à la Féclaz. »Cette décision a eu un prolongement derrière la carabine et sur les skis. Simon affirme, cet hiver, une maturité nouvelle. Elle se traduit dans ses résultats (deux podiums) et dans ses attitudes aussi. « Elle a passé un cap au niveau de la maîtrise, détaille son entraîneur Frédéric Jean. Elle sait pourquoi elle fait du biathlon et accepte d’y aller « step by step » (étape par étape). Elle est plus professionnelle. »Intégrée aux Douanes depuis le printemps, elle dispose désormais des moyens pour poser son projet. « C’est toujours plus facile de savoir qu’on est soutenu, remarque-t-elle. Papa et maman, on a plus besoin de les appeler pour de l’aide. »Elle est restée très proche de ses racines. Elles sont un garde-fou face à la pression et aux attentes qui l’accompagnent, ici, à Antholz. Ça l’a submergé peut-être jeudi sur le relais mixte (voir par ailleurs). Mais elle veut résister. « On vient de notre petit coin et enfant d’agriculteur, on sait ce que c’est que de bosser pour vivre, glisse-t-elle. Je me dis que ce sont des années supers. Je profite du sport, c’est ma passion et en plus de ça je gagne ma vie. Ça fait toujours mal de faire des mauvaises courses mais ça reste du sport. »


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