Le banquier Philippe Delpal, chargé des services financiers de Baring Vostok, au tribunal, à Moscou, le 10 février. ALEXANDER NEMENOV / AFPUn an après les premières arrestations, l’affaire Baring Vostok s’enlise et jette un froid sur le climat d’affaires en Russie. « Une sorte d’oppression, épée de Damoclès sur tout entrepreneur occidental… », soupire un dirigeant de filiale française à Moscou. Cette semaine, fondateur, salariés et associés de Baring Vostok, l’un des plus anciens et renommés fonds d’investissement en Russie, ont vu leur détention préventive prolongée dans l’attente du procès. Parmi les sept prévenus, deux Occidentaux, dont le Français Philippe Delpal, banquier réputé à Moscou chargé des services financiers de Baring Vostok. Comme Michael Calvey, le fondateur américain du fonds, il a été arrêté le 14 février 2019 et, après six mois en prison, vit en stricte résidence surveillée dans le cadre de ces poursuites dénoncées par les milieux libéraux. L’affaire n’a certes pas remis en cause les grands investissements français en Russie, notamment le projet de méga usine de gaz naturel liquéfié (GNL) dans l’Arctique de Novatek avec Total. « Mais, depuis un an, elle porte une ombre sombre sur le climat des affaires et préoccupe fortement », a déclaré lundi 10 février David Lasfargue, président des conseillers du commerce extérieur français en Russie lors d’une conférence. Au même moment, Philippe Delpal clamait son innocence. « De fausses accusations ! », dénonçait-il lors d’une journée au tribunal où le juge a maintenu les sévères conditions de son assignation à résidence (aucune promenade extérieure, visites très restreintes, pas d’Internet…). Le Français n’a de cesse de démontrer « l’absurdité » et « les mensonges » des accusations, victime d’« une enquête entièrement à charge ». Baring Vostok aurait été rattrapé par ce qui est souvent le quotidien des entreprises en Russie : un actionnaire se débarrasse d’un autre en le faisant mettre en prison grâce à des contacts policiers. Des pratiques courantes entre Russes mais très rares contre des étrangers. Le piège aurait été ourdi par un ancien allié de Baring Vostok, le banquier de mauvaise réputation Artem Avetisyan qui, avant un arbitrage à Londres s’annonçant défavorable sur un différend commercial, est soupçonné d’avoir usé un contact haut placé dans les structures de sécurité pour régler ce litige au pénal à Moscou. Le fonds s’est retrouvé poursuivi pour fraude. Mais, face à la faiblesse des preuves, l’enquêtrice en chef a en décembre 2019 requalifié la mise en accusation. Ludmila Samoilenko parle désormais de détournement, crime passible de dix ans de prison.


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