Le loadshedding, tout le monde en parle. Il fait la une des journaux. Il apparaît, à une fréquence agaçante, sur les écrans des téléphones portables, en signe de mise en garde. Il fait l’objet de blagues qui circulent même sur les réseaux sociaux. Le loadshedding, ce sont les délestages programmés qui, souvent plusieurs heures par jour, plongent le pays dans l’obscurité. Ailleurs, on parlerait simplement de coupures de courant.
Eviter un effondrement total du réseau
Eskom, entreprise publique, fournit 95% de l’électricité en Afrique du Sud, pour l’essentiel avec des centrales à charbon vieillissantes. Plombée par une dette abyssale et des infrastructures mal entretenues, elle ne parvient plus à répondre à la demande. Ces délestages qui ont refait leur apparition fin 2018, après trois ans de répit, sont devenus de plus en plus nombreux. Ils sont nécessaires pour éviter un effondrement total du réseau électrique national, un black-out. Et la facture pèse lourd sur une économie sud-africaine qui se porte déjà mal.
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Le gouvernement, qui fait un effort colossal pour tenter de stabiliser Eskom, y a injecté près de 8 milliards d’euros en trois ans. Mais malgré ces interventions, pour l’instant, la compagnie nationale d’électricité fonctionne à perte. Pire, elle symbolise la situation catastrophique de la plupart des entreprises publiques du pays, victimes de mauvaise gestion et de pillage de fonds publics pendant la présidence de Jacob Zuma.
Pas de remède miracle
Lampes de poches et allumettes sont toujours à portée de main, la batterie de l’ordinateur chargée au maximum, un peu d’argent liquide gardé dans la poche au cas où le paiement par carte bancaire ne serait pas possible. Les automobilistes ont intégré les règles de priorité lorsque les feux de signalisation ne fonctionnent pas. Les dîners à la lumière des bougies, autour d’une pizza à emporter, n’ont plus rien de romantique. Les ventes de générateurs, de batteries et de panneaux solaires ont explosé. Pour les Sud-Africains, le loadshedding fait désormais partie de la vie quotidienne. Une application mobile a même été créée : elle permet de suivre les heures des prochaines coupures, quartier par quartier, et de s’organiser au mieux.
Pour des milliers de commerces, avec quatre heures de délestage par jour, parfois plus, les conséquences sont néanmoins dramatiques. Tous les secteurs de l’économie, des géants miniers aux petits entrepreneurs, sont touchés. Après avoir invoqué des pluies qui auraient trempé les réserves de charbon, le sabotage des infrastructures, et une avalanche de problèmes techniques, Eskom et le gouvernement sont tombés à court d’arguments. Les mots sont lâchés : il n’y aura pas de remède miracle. La crise va durer. L’incapacité à fournir l’énergie nécessaire au fonctionnement du pays renforce les énormes défis auxquels est confronté le président, Cyril Ramaphosa, pour relancer la croissance et réduire les inégalités héritées de l’apartheid. A chaque délestage, ce sont un peu des espoirs de la population qui s’éteignent aussi.

Patricia Huon correspondante à Johannesburg



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