Grèves à l’Opéra de Paris, de Lyon et de Bordeaux

Crédits photo : Ludovic MARIN / AFP

Cela fait maintenant 20 jours que la grève lancée contre la réforme des retraites se poursuit et les grévistes semblent plus déterminés que jamais à continuer. Après la mobilisation de nombreux secteurs clés ou plus habitués des grèves comme les transports (RATP, SNCF) ou encore l’éducation, on assiste maintenant à la mobilisation d’une partie des salariés de la culture, notamment à l’Opéra de Paris.

Depuis le début de la grève, c’est en effet pas moins de 45 représentations qui ont été annulées, ce qui n’est pas rien quand on sait qu’une grosse production comme l’opéra Le Prince Igor fait environ 360 000 euros de recettes chaque soir en billetterie. Fait inédit également, plus d’une centaine de danseurs du Ballet de l’Opéra de Paris ont défilé dans les rues contre la réforme. Une fois leur régime spécial supprimé, ils craignent de voir disparaître leur pension alors qu’ils sont mis à la retraite à 42 ans.

Les salariés de l’Opéra de Lyon ont également beaucoup fait parler d’eux suite à une vidéo qui a tourné sur Twitter prise lors de l’annulation du Roi Carotte pour cause de grève. Dans cette vidéo, le salariés prennent la parole pour expliquer leur mouvement de grève, ainsi que la pression de la direction pour étouffer au maximum leur lutte.

« Mesdames et Messieurs, depuis le 5 décembre, des millions de personnes ont défilé partout en France pour réclamer le retrait de la réforme des retraites. Le mouvement ne faiblit pas au contraire il trouve cette semaine un nouveau souffle. Partout ces derniers jours, tous les secteurs d’activité (médical, culturel, enseignants, transport) se sont massivement mobilisés. Parce que la culture est aussi attaquée par la politique d’austérité du gouvernement et parce les travailleurs et travailleuses de la culture sont aussi concernés par la réforme des retraites, de nombreux théâtres et opéras de France ont annulé leurs représentations ces derniers jours. Notre direction en décalant la représentation qui devait avoir lieu hier nous empêche de continuer de manière visible à cette mobilisation. C’est pourquoi, à contrecœur, les salariés ont décidés de ne pas assurer la représentation de ce soir, en soutien ».

Si sur la vidéo la salle a hué les grévistes, sur les réseaux sociaux en revanche, de nombreuses personnes soutiennent l’initiative, la culture étant pour les salariés un domaine très précaire qui garantit déjà aujourd’hui une retraite de misère.

À Bordeaux également, de nombreux techniciens et salariés de l’Opéra se sont mis en grève, faisant annuler de nombreuses représentations de Cendrillon. Là aussi la direction a tout fait pour contourner la grève en jouant la première malgré tout, sans décors, sans une partie des éclairages et sans une partie du personnel d’accueil.

Ce mardi 24 décembre, les danseuses et musiciens de l’orchestre en grève de l’Opéra national de Paris ont fait une action spéciale en ce réveillon de noël devant l’Opéra, en jouant en plein air le 4ème acte du Lac des Cygnes, pour protester contre la réforme des retraites !

Depuis des dizaines d’années, la culture prend de plein fouet les politiques d’austérité et il est de plus en plus dur pour les salles et les intermittents de créer comme ils le veulent et avec des revenus décents. Malgré cette précarité partagée et constatée par tous dans ce secteur, il est rare de voir des mouvements de grèves dans les théâtres de la part des intermittents, la plupart des grèves sont menées par le personnels technique et les autres salariés du théâtre. L’argument que l’on entend de la part des intermittents est souvent « oui mais nous, on milite sur le plateau  ». C’est en cela que le fait que les danseurs de l’Opéra de Paris se joignent au reste du personnel de l’Opéra dans la grève, est inédit. Trop d’intermittents oublient que leur geste artistique est aussi et avant tout un geste de travail salarié. Même si le métier d’artiste est moins aliénant et plus émancipateur qu’un travail à l’usine ou derrière un bureau toute la journée, l’art n’en reste pas moins une activité qui s’inscrit dans un processus de rapport réels de production.

Produire des pièces de théâtre et des opéras sur les inégalités et les injustices n’est pas ce qui empêchera Macron de faire passer ses réformes néolibérales et aujourd’hui on voit bien que ce qui fait trembler le gouvernement, c’est la détermination des grévistes à mener une grève dure et massive.



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