Six détenus de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis présenteront une pièce au théâtre Paris Villette ce soir, vendredi 24 janvier.

Ils sont avocat du diable, terroriste du rire, vendeur de jour ou encore coach de super-héros. Voici les métiers imaginés par douze détenus de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis dans le cadre du festival Vis-à-vis, qui réunit des œuvres d’artistes créées dans des établissements pénitentiaires. C’est la troisième fois que la plus grande prison d’Europe participe à l’événement. Pendant trois mois, à raison d’une séance par semaine, les détenus volontaires ont monté le spectacle « Ma gueule de l’emploi » avec la compagnie Le théâtre du menteur. « L’objectif était de construire quelque chose de solide en peu de temps. Ils ont fourni un travail formidable et ont réussi à se livrer. On a surtout travaillé l’écriture et le rythme pour bien se caler sur la vidéo. C’est encore un peu fragile notamment à cause des surprises et des contraintes de la détention : sur les douze participants initiaux, il n’en reste que six. Certains ont été libérés entre temps, d’autres ont arrêté », confient Céline Liger et François Chaffin, qui ont animé les ateliers.

La pièce de théâtre a été jouée le lundi 20 janvier devant une vingtaine de détenus de la maison d’arrêt des hommes. Une première représentation avant la grande soirée au théâtre Paris Villette ce vendredi. Enfin uniquement pour ceux qui ont obtenu la permission de quitter la prison. Cette décision est prise par le juge d’application des peines. « J’ai joué aujourd’hui même si je n’ai pas le droit de sortir vendredi. C’est frustrant mais je suis heureux d’avoir participé. Je suis quelqu’un de timide mais à force de participer aux sorties proposées par le pôle culture, j’ai appris à aimer le théâtre. Alors quand ils m’ont parlé des ateliers, j’ai dis pourquoi pas ! ça m’a donné envie de m’inscrire à un cours quand je sortirai, raconte Momo(*), 25 ans, qui a imaginé le vendeur de jour.

« Chacun a donné de sa personne »

Inspiré des entretiens d’embauche, le spectacle est un jeu de miroir avec les détenus : filmés dans la peau d’un recruteur, ils incarnent le métier de leur rêve sur scène. Ils répondent alors aux questions habituelles, telles que leurs qualités, leur formation ou encore leur rémunération idéale. « Ce n’est pas facile parce qu’il faut être à l’aise et maîtriser son texte. Mais je suis très content, on s’est bien débrouillé. C’était beaucoup d’apprentissage en peu de temps, chacun a donné de sa personne. Je suis encore plus heureux d’être allé jusqu’au bout de l’atelier, c’était un défi pour moi. Maintenant il va falloir jouer devant ma famille vendredi… ça m’angoisse car ils vont me voir sur scène pour la première fois et j’ai peur de les décevoir », ajoute Pimousse(*), 46 ans.

(*) Les prénoms ont été modifiés.





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