« C’est un peu bizarre ce procédé de dédramatiser un virus depuis 10 jours sur les chaînes d’info […] mais de prendre des mesures sans précédent. […] On nous cache quelque chose ou quoi ? ! ! ! ! » À en juger par ses publications sur les réseaux sociaux, le chanteur Matt Pokora a peu goûté l’annulation de son concert après les consignes du gouvernement face à l’épidémie de coronavirus. Au point de verser, comme beaucoup ces dernières semaines, dans la théorie du complot.

Échappé d’un laboratoire chinois, breveté un an avant son apparition par un institut financé par Bill Gates, issu d’un « complot ennemi » pour l’Iran, soigné par des traitements simples mais gardés secrets pour enrichir les laboratoires pharmaceutiques avec un vaccin… Le Covid-19 a déclenché une épidémie de fake news sur les réseaux sociaux. Sebastian Dieguez, psychologue à l’université de Fribourg en Suisse et auteur de Total bullshit ! Au cœur de la post-vérité, analyse pour Le Point la multiplication de ces théories du complot et leurs conséquences.

Lire aussi Coronavirus : les Français de plus en plus inquiets

Le Point : Pourquoi cette épidémie de coronavirus suscite autant de théories du complot ?

Sebastian Dieguez : C’est le genre de phénomène qui, historiquement, se prête particulièrement aux théories du complot. C’est une crise dont on parle beaucoup, mais qui reste assez mystérieuse, soit le schéma classique de leur émergence. Les épidémies, on n’en connaît pas le responsable, du moins dans un premier temps, et le mécanisme est invisible. On a ce qu’on appelle le système immunitaire comportemental qui se met en place pour, de manière pas forcément efficace, se protéger de l’épidémie. Il s’appuie sur des théories du complot : le danger vient de l’inconnu, donc on s’en méfie, on s’en défend, c’est un mécanisme similaire à la xénophobie. Dans cette épidémie moderne, le complotisme va aussi s’activer parce que les autorités vont donner des consignes contradictoires ou chercher à cacher des informations comme en Chine. C’est le syndrome de Tchernobyl. Sans compter qu’il y a aussi les fausses informations divulguées, souvent par la Russie, pour semer la confusion face au discours des autorités.

Chercher à tout prix un coupable, une main humaine derrière l’épidémie, c’est une manière de se rassurer face à un phénomène naturel difficile à expliquer ?

On dit souvent que le complotisme permet de reprendre la main sur un monde complexe qui nous échappe, en fournissant un schéma clé en main. Pour moi, il y a quelque chose de plus profond : on ne cherche pas seulement à comprendre le mécanisme des choses, mais le pourquoi. C’est pour cela que le créationnisme est encore si populaire alors que la théorie de l’évolution est démontrée par les scientifiques. Une épidémie, c’est quelque chose qui est diffus, avec plusieurs foyers, et il est difficile d’en avoir la cause originelle. Et même une fois qu’on la connaît, ce n’est pas encore assez satisfaisant, parce qu’on aime bien les causes délibérées. En l’occurrence, même si on sait que ça vient du marché de Wuhan, on veut savoir qui l’a mis là et dans quel but. Pour le schéma complotiste, il ne reste plus qu’à inventer le responsable et ceux à qui ça profite.

Dans ce climat de défiance, est-ce que cela ne devient pas compliqué pour les autorités de santé de prendre des décisions pour contenir l’épidémie et de les faire respecter ? Face à l’évocation d’un éventuel report des municipales en cas de large épidémie, certains ont déjà accusé la majorité de vouloir enterrer un scrutin qui s’annonce défavorable pour elle…

C’est effectivement compliqué pour les autorités. Elles doivent prendre des décisions impopulaires, parfois contradictoires, qui suscitent des interrogations et donc, de la défiance. Le problème avec les complotistes, c’est que tout ce que vous pourrez venir dire en tant qu’autorité va venir nourrir la croyance que vous êtes dans le coup. Et pour le grand public pas forcément complotiste, parfois, le simple fait de communiquer pour dire que quelque chose est faux va relancer la théorie du complot. C’est aussi le dilemme des journalistes dans le traitement des fake news.

Lire aussi Coronavirus : peur sur les municipales

Si les théories du complot instaurent une défiance telle à l’égard des autorités qu’une partie de la population ne suit pas les recommandations sanitaires, cela représente-t-il un danger ?

Il y a ceux qui pensent que le virus a été délibérément lâché, mais aussi ceux qui pensent qu’il n’existe pas, ou encore ceux qui pensent que le médicament existe déjà – ce serait l’huile de sésame ou la javel –, mais qu’on nous le cache, car vendre le futur vaccin serait plus rentable pour les laboratoires pharmaceutiques. C’est inquiétant, l’OMS parle d’une « infodémie », car ces théories du complot influencent le comportement des gens. Or, si on s’automédicamente ou qu’on ne se soigne pas du tout, en plus d’être dangereux pour soi, ça ne va pas aider à arrêter le virus et peut même contribuer à le propager. Les fausses informations influent sur l’épidémie : on le voit avec les antivaccins et le retour des maladies contre lesquelles ils protègent, car une partie de la population refuse de se vacciner. Après le virus Zika, des études ont montré que les croyances des gens qui ne voulaient pas croire que ça venait des moustiques et ne se sont pas protégés ont contribué à propager le virus.


Lire La Suite : Source Original
Crédits photo / Source de l’article : www.lepoint.fr

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Solve : *
12 ⁄ 2 =


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.