Concerts des Restos du Cœur : les Enfoirés chantent Paris et Notre-Dame


Même en temps de grève, il ne faut jamais être en retard aux Enfoirés. Chaque année, le tableau d’ouverture est l’un des moments phare du spectacle. Mercredi 15 janvier, la pendule de l’AccorHotels Arena (Paris XIIe) affiche 19h50 quand le grand rideau des Restos du Cœur tombe et dévoile un mur d’écrans vidéo représentant un orgue monumental. Au centre de la scène, un moine joue. A gauche, Julien Clerc s’avance et lance « le Temps des cathédrales », l’hymne de la comédie musicale « Notre-Dame de Paris ».

Puis apparaissent les toits de Paris, le Sacré-Cœur, la cathédrale Notre-Dame et sa rosace, dans des teintes qui rappellent son incendie en avril. La chanson prend une autre dimension avec deux chœurs d’enfants et d’hommes, la troupe dévoile quelques nouveaux visages : Vitaa, Black M, Maëlle, la gagnante de « The Voice », Helena Noguerra, la comédienne Alice Pol… Annoncée elle aussi, l’humoriste Inès Reg est absente de ce premier show, qui se passe d’un tiers des Enfoirés.

Une immense cloche descend du plafond. « Sonne, sonne, sonne » poursuivent les chanteurs. Ce n’est pas « Hell’s Bells » d’AC/DC mais « Quand la musique est bonne » de Jean-Jacques Goldman qui démarre, dans une version rock qui fait danser les Enfoirés en toge et les 15 000 spectateurs en nage. « Ça met la pêche », lance Mimie Mathy pendant le premier changement de décor.

« C’est le premier soir, soyez indulgent »

La maîtresse de cérémonie des Enfoirés présente Vitaa et demande aux spectateurs combien d’entre eux viennent pour la première fois. Beaucoup lèvent la main. Elle leur explique comment va se dérouler le premier des sept shows des Enfoirés, « une répétition générale » pour préparer les trois dernières représentations de samedi à lundi qui seront filmées pour la diffusion sur TF 1, généralement en mars.

La soirée va durer beaucoup plus longtemps qu’à la télévision et ne comportera pas tous les tableaux et sketchs, car certains n’ont pas pu être répétés et tous les artistes ne sont pas encore arrivés. « C’est le premier soir, soyez indulgents », demande Mimie Mathy.

Accueilli par des hurlements, Patrick Bruel, l’un des piliers de la troupe, chante un de ses titres, « Combien de murs », en duo avec Slimane devant des rideaux aux couleurs de l’arc-en-ciel. Au début du show, Bruel revient souvent sur scène et dans les blagues de Michaël Youn : « La femelle frétille et hurle quand elle voit un mâle Enfoiré sur scène, en particulier le Patrick Bruel (NDLR : dont le portrait géant apparaît) », ose l’humoriste et comédien, déguisé en guide explorateur.

Dans un sketch récurrent qui fait mouche, Michaël Youn se faufile dans la foule et explique au jeune Jean-Baptiste Maunier à quoi ressemble le « pubic » des Enfoirés. « Les vieux viennent dormir dans les gradins, tu vois, près des toilettes. Leurs ouïes étant saccagées par trente ans de Jean Louis Aubert, ils ont du mal à supporter Black M. Ils préfèrent écouter Maxime Le Forestier en flatulant. » « Mais il n’est plus là », rétorque Maunier. « Il ne faut pas leur dire », répond Youn.

Clins d’œil aux Macron et à Carlos Ghosn

Plusieurs scènes gentiment moqueuses ont comme fil rouge les métiers de Paris. Nicolas Canteloup est un « maître guide » − allusion à maître Gims − de la tour Eiffel très mal luné, Ary Abittan joue un vendeur à la sauvette, Mimie Mathy une chauffeuse de taxi acariâtre et arnaqueuse. Les blagues sont souvent des clins d’œil à l’actualité, au couple Macron, au conflit sur les retraites, à Carlos Ghosn, qui serait caché dans une malle sur scène.

Parmi les plus beaux tableaux chantés, on citera la version 100 % féminine de « Je veux mourir sur scène » avec Maëlle, Vitaa, Jenifer et Nolwenn Leroy dans les airs, assises sur des balançoires et habillées de blanc pailleté comme Dalida qui apparaît sur un écran géant. Même Guy Delacroix, le chef d’orchestre des musiciens, les applaudit. Claire Keim, Slimane, Christophe Willem et Nolwenn Leroy, rejoints par un chœur d’hommes, font aussi un tabac avec « Your song » d’Elton John dans l’ambiance du film « Moulin Rouge ». Belle émotion aussi lorsque la troupe chante « Tu es de ma famille », le refrain de Jean-Jacques Goldman, devant des images d’anciens Enfoirés, de Cabrel à Palmade…

Les filles font ramper les garçons sur « La Grenade »

Aya Nakamura n’est pas aux Enfoirés, mais elle se retrouve doublement à l’honneur. Sa « Pookie dans le sas » devient un « cookie dans le sac » dans un sketch. Et « Djadja » est évidemment l’un des tubes de l’année repris par la troupe… transformée en équipe de basket.

On retrouve aussi « Tout oublier » d’Angèle, « Plus tard » de Bigflo et Oli, « La grenade » de Clara Luciani − dans un tableau militaire où les filles font ramper les garçons −, « Je te le donne » de Vitaa, « Les gens qu’on aime » de Patrick Fiori et « Allez reste » de Vianney et Boulevard des Airs. Le duo tarbais n’est pas non plus sur scène, mais il a écrit avec Tibz le tout nouveau single des Enfoirés, « A côté de toi », qui clôture les 3h30 de show avec l’hymne des Enfoirés, chanté par tout Bercy.

Pendant les changements de décors, les intermèdes, que l’on ne voit que dans le DVD, sont assurés par Black M., Slimane, Fatal Bazooka, alias Michaël Youn, Kendji Girac, Maëlle, Patrick Fiori, Slimane et Vitaa, Liane Foly qui fait chanter du Daniel Balavoine. « C’est le premier parrain des Restos », rappelle aux spectateurs celle qui est l’une des doyennes de la troupe avec Michael Jones, qui fait patienter le public avec « Je te donne »… Mais son compère Jean-Jacques Goldman − qui a passé la main en 2016 à la tête des Enfoirés − ne revient pas pour leurs trente ans. Même si, avec eux, on n’est jamais à l’abri d’une (bonne) surprise…



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