4e jour du procès Preynat à Lyon : « Je n’ai pas inventé ces agressions pour m’excuser devant le tribunal »


14H15 Me Debbache, avocate de F.Devaux, prend la parole

« Mon client est celui qui a le plus fait pour libérer la parole et c’est celui qui a été le plus accablé, » explique l’avocate. 
 

13H50 : La parole à Me Doyez qui soulève le problème lié à la prescription

L’avocat de Bernard Preynat commence en demandant que trois parties civiles représentant les associations soient déclarées irrecevables. Il s’appuie sur deux principes: l’objet de l’association doit être relatif à la défense de l’enfant. Et l’association doit avoir été déclarée depuis 5 ans à la date de commission des faits. « Une association qui n’a pas d’objets adéquats avant 1986 n’est pas recevable à se constituer partie civile aujourd’hui. Une d’elles n’a pas réitérer sa constitution de partie civile, » indique l’avocat.

Me Doyez soulève un point de droit concernant le point de départ de la prescription. 

12h15 l’audience est suspendue, elle reprend à 13h45; au programme les 12 plaidoiries des parties civiles. 

11h50 – Le Procureur demande à la psychiatre : « Dans toute son histoire, il n’a pas eu un mot, une interrogation sur les conséquences de ses actes ! Pensez-vous qu’il ait la capacité à approcher la véritable souffrance des victimes? » « Il Il essaie. Il est sur le chemin, » répond brièvement Liliane Daligand.

10h50 Liliane Daligand, psychiatre, évoque un « homme tourmenté » par ses actes

Après le professeur Michel Debout mercredi soir, c’est au tour de Liliane Daligand de prendre la parole devant le tribunal. La rencontre pour expertise a eu lieu en octobre dernier, à la demande de Me Doyez, avocat de Bernard Preynat. Cette rencontre qui a permis à Bernard Preynat de parler « car il rencontre peu de monde, » explique l’experte. Avec elle, il a beaucoup parlé de son enfance, de son eczéma … « Il a été un enfant, à part. Il décrit bien son attrait pour le masculin. Comme il le dit, il n’a jamais été attiré par une belle femme, » explique-t-elle.

Sur les révélations récentes des agressions subies par Bernard Preynat, « On peut se demander si c’est utilitaire » indique Liliane Daligand. « Tous les agresseurs sexuelles que j’ai rencontré ont été victimes d’agressions sexuelles quand ils étaient enfants, » dit-elle formellement. Elle souligne cependant que tous les enfants victimes ne deviendront pas des abuseurs.

Elle souligne un « double aspect», « une double face », elle parle d’« un côté obscur qui le pousse à consommer des corps d’enfants » allant jusqu’à parler d’une « addiction ». Dans le cas de Bernard Preynat, « il y a eu beaucoup d’alertes ». L’autre côté du personnage, « c’est la face lumineuse », « bon ami, bon professionnel ».
En matière de thérapie, « En 1967-1968, il a été mis sur le divan. Aujourd’hui, on procéderait à une thérapie hormonale, associée à une psychothérapie, » explique l’experte. Mais elle souligne que la prise en charge des pédophiles est très difficile.

Lors de leur entretien, elle indique que Bernard Preynat a mis du temps à comprendre la souffrance des victimes. L’homme a-t-il changé ? 

« Je pense qu’il est très tourmenté par ce qu’il a fait subir à ces enfants, il est en grande souffrance. » (L.Daligand)

Bernard Preynat cesse ses agissement en 1991, la psychiatre dit que « c’est comme s’il y avait eu un sevrage ». Evoquant la promesse faite par Preynat au Cardinal Decourtray de ne pas recommencer, « c’est une parole qui lui intime un interdit, une parole qui a été suffisante pour marquer un coup d’arrêt », « ça ne veut pas dire qu’il n’a pas de fantasmes mais il résiste à la tentation, » explique-t-elle. « Cette parole a été plus forte que la psychothérapie, » affirme-t-elle.
Elle pense que Bernard Preynat a évolué, qu’il a changé et qu’il reconnait la souffrance des victimes. 

 

10h40 Une thérapie menée durant un an (1967-1968)

 

Bernard Preynat rapporte avoir vu un « psy officiel pour les séminaristes » à Paris.  Il dit ne l’avoir vu qu’une fois, une journée à Paris, avoir passé des tests et avoir été orienté vers le Vinatier  à Lyon. Il a dû travailler pour payer cette analyse menée en 1967-1968. « Le rythme était soutenu, tous les lundis soirs, » demande la présidente. Bernard Preynat aurait révélé les agressions dont il a été victime au spécialiste vu au Vinatier… Au bout d’un an, « il  a dit que j’étais guéri et a écrit au Séminaire que je pouvais continuer la marche vers l’ordination, » raconte Preynat. La thérapie se termine à l’été 1968. Bernard Preynat intègre ensuite durant deux ans l’université et revient au Séminaire en 1970.
 

Le procureur se demande pourquoi Bernard Preynat n’a pas dénoncé les agressions dont il a été victime plus tôt. « Vous comprendrez que ces déclarations sont sujettes à caution pour les parties civiles ! » s’exclame-t-elle.  » Je n’ai pas inventé ces agressions pour m’excuser devant le tribunal, » s’exclame Bernard Preynat.
 

10h30 accrochage et incident dans la salle d’audience 

 

Une victime de faits prescrits par la voix de l’avocat de l’association « L’innocence en danger » demande « Si Preynat se souvient d’un petit garçon qui porte le même nom que lui. » cette victime prescrite et jamais entendue au dossier, aurait été agressée pendant trois ans chez les scouts par le père Preynat. C’est Preynat qui a célébré son mariage. Par la voix de l’avocat de l’association, elle demande à ce que l’ancien prêtre demande pardon. Preynat donne le nom de la personne et s’exécute. 

 La victime qui s’est manifestée mercredi soir auprès de l’avocat de l’association à la sortie de l’audience peut-elle s’exprimer? Procureur et avocat de la défense montent au créneau pour dénoncer une entorse au code de procédure. « Ne profitez pas de votre présence pour transgresser les règles du code de procédure pénale » réagit Frédéric Doyez. L’avocat remercie Preynat pour ce pardon.
 

Premiers faits d’agressions commis par B.Preynat, à l’âge de 16 ans

 

Les premiers faits commis par Preynat datent de la période où il était moniteur en colonie, il était âgé de 16 ans : « force est de constater que vous reproduisez les mêmes gestes que vous avez subi les années précédentes, » dit la présidente. « Je n’avais pas fait le rapprochement, » réplique Preynat.

Les parents se plaignent auprès de la direction du camp. L’année suivante, il ne s’occupe que du matériel. Les années suivantes alors qu’il a été moniteur : « deux fois j’ai récidivé, » raconte Preynat.

Ses études à la faculté à Lyon ont été une période heureuse de sa vie. Il évoque une vie heureuse durant deux ans avec des amis « on s’est bien marrés ». Durant cette période, a-t-il commis des agressions ? « Une agression pendant l’été (pendant une colonie à Ste Foy l’Argentière) » raconte Preynat. 

Les premiers faits commencent quand il est moniteur de colonie de vacances, à l’âge de 16 ans, « et ça ne s’arrête plus, jusqu’en 1991, » constate la présidente.
 

Le passé caché de Bernard Preynat : des agressions subies à partir de l’âge de 10 ans. 

 

Concernant les agressions dont Bernard Preynat dit avoir été victime : « le sacristain quand j’avais une dizaine d’années, dans la sacristie, à Saint-Etienne, » raconte Preynat, « il m’a appuyé sur le sexe en disant qu’est-ce qu’il y a là ! ». Un épisode qui fait écho au récit de parties civiles selon la présidente. Bernard Preynat explique qu’il est certain de ne pas avoir commis d’agression dans la sacristie de la paroisse Saint-Luc.

« Vous situez les premiers faits dont vous avez été victime autour de 10 ans, » demande la présidente. « C’était en colonie de vacances, dans les douches, » raconte B.Preynat. Il évoque des caresses. En a-t-il parlé à ses parents ? « J’étais gêné mais on en parlait entre nous, » précise Preynat. Ces faits ne l’ont pas détourné de sa vocation. Preynat évoque un moniteur devenue une personne importante au sein de l’église, sans la nommer.

Au petit séminaire, il évoque des caresses dans le dos dans la salle d’étude mais aussi des attouchements sur le sexe commis par un prêtre professeur. « Il avait la manie de me laver le sexe avec un gant de toilettes, » précise l’ancien prêtre. Un homme qui était un proche de la famille. Des faits qui se sont reproduits à plusieurs reprises durant près de trois ans. « Il y avait beaucoup d’autres enfants qui ont été ses victimes, on le savait mais on n’en parlait pas, » explique Preynat. « Il n’avait pas une bonne réputation, on l’appelait le « monkey », le singe », rapporte-t-il. Les faits se sont produits entre l’âge de 11 et 14 ans.

« A Montbrison, j’étais en première, j’avais un professeur qui voulait se montrer affectueux avec moi, j’étais plus grand. Il me serrait contre lui. C’était un ami de mon frère, » raconte Preynat.

Les agresseurs dont Preynat parle aujourd’hui sont décédés. Ses parents sont restés dans l’ignorance de ces agressions.
 

Une vocation précoce : « on jouait à la messe »

 

« Vous êtes bien l’aîné d’une famille de 7 enfants, vous avez encore tous vos frères et sœurs (l’un est aujourd’hui décédé). Vous avez encore des contacts avec eux mais les liens sont distendus avec certains neveux, » dit la présidente. « Vous aviez la figure du frère aîné avec peu d’affect » « une famille ou la religion tenait une grande place, peu de paroles et peu de moyens,» selon une sœur de Bernard Preynat. Le père était très sévère.

Ce dernier a quitté la maison à l’âge de 14 ans et revenait à la maison une fois tous les 15 jours. Selon sa sœur, il tenait sa place d’aîné, organisait des jeux… Bernard Preynat a tout de suite alerté ses frères et sœurs de l’affaire, avant d’être interrogé par la police.

« Vous étiez doté d’un grand charisme, d’un don pour organiser et fédérer des activités, mais il semble que vous avez peu d’amis. Vous êtes décrit comme quelqu’un de brillant mais distant, « froid, autorité et même cassant, » selon certaines personnes, pouvant apparaître comme « orgueilleux ». « On me l’a souvent dit, j’étais quelqu’un de sévère, » confirme B.Preynat. Ce sont essentiellement des femmes qui ont été entendues dans le cadre de l’enquête de moralité, selon l’une d’elles, « pour vos paroissiens, vous aviez l’étoffe d’un évêque, » précise la présidente. Bernard Preynat avait des rapports plus proches avec un couple d’ami.

« Votre vocation a été très précoce, dès l’âge de 7 ou 8 ans, » dit la présidente évoquant les dires d’une sœur de l’ancien prêtre. B.Preynat confirme « on jouait à la messe. » « Mes parents ne m’ont pas poussé, ils m’ont accompagné ».

9h30 – L’audience reprend avec un retour sur le parcours de Preynat

 

Le Professeur Liliane Daligand, expert psychiatre, doit prendre la parole. Mais avant cette Prise de parole, la présidente souhaite revenir sur la vie et le parcours de Bernard Preynat.
 

Des experts psychiatres ont tenté de sonder la personnalité de Bernard Preynat, ancien prêtre accusé d’agressions sexuelles sur de jeunes scouts dans les années 80-90. Ils sont appelés à la barre. Après avoir écouté le Professeur Debout, le tribunal va entendre le deuxième expert. L’audience doit reprendre à 9h30.

Après la révélation de la tentative de suicide de François Devaux mardi, c’est une nouvelle révélation qui a eu lieu mercredi après-midi au procès de Bernard Preynat. Ce dernier a expliqué avoir été « victime d’agressions sexuelles dans sa jeunesse. Le septuagénaire a expliqué avoir été notamment agressé sexuellement par un sacristain de sa paroisse et un prêtre au petit séminaire. Une information que l’ancien prêtre de la paroisse Saint-Luc n’avait pas révélé à l’expert psychiatre entendu mercredi soir. Il a écrit au diocèse de Lyon pour raconter ce fait tout récemment.

 

Le défilé des parties civiles à la barre mardi pour raconter les agissements de Bernard Preynat.

« Pour moi, à l’époque je ne commettais pas d’agressions sexuelles mais des caresses, des câlins. Je me trompais. Ce qui me l’a fait comprendre, ce sont les accusations des victimes », s’est défendu mardi l’ancien prêtre de 74 ans à son procès. Ses proies étaient de jeunes scouts âgés de 7 à 15 ans à l’époque des faits. Des jeunes sous l’emprise de ce prêtre imposant et charismatique.

 

L’ex-curé, réduit à l’état laïc au terme de son procès canonique l’été dernier, encourt jusqu’à 10 ans d’emprisonnement.
 



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